

On la découvre en plein milieu de la page la plus inondée de blanc de tout l'album. Nous sommes dans le sanctuaire de la maléfique "Déesse Blanche" et de sa toute puissance destructrice.
Les débris éparpillés de l'avion répondent aux écailles acérées des roches qui affleurent de la neige pour donner une impression d'éclatement, d'explosion. Mais paradoxalement, tout est parfaitement immobile, figé, glacé.
Un premier exploit de l'auteur est d'avoir rendu cette image parfaitement lisible, ce malgré la profusion de détails. Le créateur de la "Ligne Claire" nous livre ici la quintessence de son art.
L'autre réside dans une composition exceptionnelle qui prend la forme d'une série de lignes de forces particulièrement élaborées guidant le regard vers le détail qu'on ne peut manquer : les héros parvenant à l'horizon. Ils ne sont que trois points noirs noyés au milieu d'une surface blanche huit cent fois plus grande ! (j'ai calculé). Et pourtant, on les voit, on les reconnait, on peut même imaginer ce qu'ils ressentent. Voilà qui confine au chef d'oeuvre.
Pourquoi le Radeau de la Méduse ?
Pas seulement parce qu'un drame y est également mis en scène, surtout parce que le tableau est avant tout un chef d'oeuvre de composition.
Avez-vous remarqué le navire à l'horizon ?
Comme dans l'image de Hergé, il occupe une place infinitésimale* dans le tableau et finit par être repéré par de double effet d'une composition très savante et d'une mise en scène qui le fait inévitablement exister, comme les héros de Tintin.
*Le navire occupe un espace 100 000 fois plus petit que le tableau !
Hergé n'a pas à être comparé avec Géricault. Il n'empêche, j'affirme que l'original de cette image mériterait d'être affiché dans un musée dédié à l'art du vingtième siècle. Elle n'est pas la seule de cet album.
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