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dimanche 23 octobre 2016

La Déesse Blanche qui se fâche ! Il va se produire quelque chose...


C'est Foudre Bénie, le moine bouddhiste de Tintin au Tibet qui prononce cette phrase à la page 44, première ligne, troisième image du très connu chef d'oeuvre de Hergé.






Foudre Bénie est clairement "celui qui sait", grâce à ses visions qui tombent justes à chaque fois. Mieux que cela, Lorsqu'il évoque le "museau du Yak" (page 50-IV-1) où l'enfant chinois Tchang prisonner du yéti, il délivre de façon subliminale les clefs de tout le récit. Les exégètes de l'oeuvre de Hergé ont en effet mis en évidence une sorte de ligne de force parcourant tout le récit et aboutissant à la fameuse caverne. 

Si Foudre Bénie en sait autant, c'est pour une raison simple. Il est une incarnation du créateur au sein de sa propre oeuvre. 

Allons plus loin.

Lorsqu'il évoque "la Déesse Blanche", il parle du manteau de neige qui recouvre les sommets tibétains. Ça, c'est ce que le lecteur comprend de façon assez immédiate. Ceux qui se sont attelé à mieux comprendre l'oeuvre - et ils sont nombreux ! - on tout de suite remarqué que la couleur blanche de la neige envahit une grande partie de l'album, dont la couverture, puisqu'elle omniprésente de la page 22 - "Voilà les premières neiges" p 22-III-3 - jusque cette page 44. En poussant l'investigation, ils n'ont pas manqué de découvrir l'origine de cette blancheur dans la genèse de l'oeuvre. Hergé était à cette époque en proie à de graves tourments qui, justement, prenaient la forme de cauchemars où le blanc dominait. Les exégètes férus de psychanalyse se sont bien sûr emparé de cette donnée et ont livré leur résultat : Georges Remi, alias Hergé, était un homme fidèle à de grands principes moraux parmi lesquels une loyauté à toute épreuve ; toute sauf une, la rencontre avec celle qui lui fera quitter sa première épouse. 
C'est au fond assez simple. Tintin au Tibet est la mise en image et en récit des affres vécus par l'auteur durant cette période  de remises en questions. La "Déesse Blanche", ce n'est rien d'autre que le "démon de pureté" comme il l'a nommé lui-même, autrement dit de toute la chape de culpabilité lui interdisant le passage à l'acte, la rupture avec son ancienne épouse.

Lorsque Foudre Bénie évoque la colère de la Déesse Blanche, il fait allusion à l'avalanche qui emporte les héros, Tintin, Haddock, Tharkey et Milou. A la page précédente, les héros longent une corniche sans but précis, épuisés et vaincus par l'échec de leur mission. Leur désespoir est entièrement contenu dans la réplique du capitaine Haddock auquel Tintin tente de proposer du cognac : "Vous pourriez aussi bien me faire avaler du kérosène : je ne fais pas un pas de plus". En bas de la page 44, on découvre Tintin laissé pour mort jusqu'à la parution de l'épisode suivant. Cette "mort" symbolique, c'est la représentation graphique d'une rupture majeure, autant dans la création que dans l'esprit du créateur.


Après cet épisode, plus rien n'est comme avant. La neige s'efface, le ton redevient léger, l'aventure refait son apparition ainsi que l'humour au travers des répliques du capitaine Haddock (la séquence de la page 49 qui voit la confrontation entre le très hiératique Grand Précieux et le capitaine est selon moi une des plus drôles de toute l'oeuvre de Hergé). Il s'est bel et bien "produit quelque chose".

Encore plus tard, après la parution de Tintin au Tibet, c'est la création des "Bijoux de la Castafiore", autre chef d'oeuvre de Hergé, exactement à l'opposé du précédent. Le ton est léger, la couleur explose partout, il est clair que George Remi a franchis le pas, il a tué son démon.

Cette histoire de "Déesse blanche qui se fâche", de "démon de pureté" imprègne tout l'album et va même au-delà puisque des indices surgissent un peu partout dans toute l'oeuvre de Hergé.
Ce blog a pour vocation de livrer tous ceux que j'ai trouvé, au rythme des publications.

Noël Trebirlec


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